Vendredi 28 mars 2008

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Une nuit sans lune, fin novembre. Vingt-deux heures environ. Sa voiture est garée sur . l’aire de stationnement de la station-service. Il se dirige d’un pas rapide vers les lueurs chatoyantes qui crevent l’obscurité.
Il a faim, souhaite un sandwich et un café chaud avant d’aborder l’heure et demie qui lui reste à rouler.
Regard distrait sur les voitures voisines de la sienne, il ne voit pas le chat noir qui, sans bruit et tout en souplesse, saute d’un capot à l’autre pour se cacher, ensuite, sous la carrosserie.
« Je me restaure en vitesse, et puis, non-stop, jusqu’à chez moi » pense-t-il en poussant la porte.
A l’intérieur une musique de fond sirupeuse, celle qu’il a coutume d’appeler « d’ascenseur ». Elle se diffuse doucereusement dans la pièce aux murs blancs et aux rayonnages débordants de produits polychromes qui attendent le client.
Personne !
Il n’y a personne.
Il ne l’a pas réalisé de suite. Il croit d’abord que l’endroit est désert comme on le dit quand il y a peu, très peu de monde, mais là, au fur et à mesure qu’il traverse la salle : personne !
Personne autour des rayons, près du distributeur de boissons, de billets de banque, de la connexion internet.
A la caisse aussi… sauf ce chat qui, subrepticement, saute sur une étagère haut-placée.

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Le téléphone sonne ce qui le fait sursauter et, en même temps, espérer qu’une présence se manifeste pour décrocher, répondre et témoigner d’une manière banale mais rassurante que la vie est là, bien présente.
Mais rien… Impuissante, la sonnerie stridente crève le silence.
« C’est quoi ce foutoir ? Je psychote ou quoi ?... Pas possible ! »
Il s’approche de la fenêtre et regarde le ruban de l’autoroute sur lequel les phares des voitures impriment, l’une après l’autre, leur rayon blanc...
« Il y a bien quelqu’un qui va s’arrêter… on fera le point ensemble, on appellera peut-être les flics… c’est pas normal tout ça ! »
Curieusement, il n’a pas peur, il se sent, tout simplement, dépaysé, mais sans angoisse ni appréhensions, un peu comme s’il passait d’une normalité à une autre.
Il scrute les ténèbres, voit trois ou quatre chats qui, en faisant des bonds, se  poursuivent l’un l’autre pour disparaître ensuite en bordure de l’aire de stationnement. Il retient la vision de leurs yeux rouges pareils à des flashes qui mitraillent les ténèbres.
Il se gratte longuemment derrière l’oreille.
Le gobelet de café en main, il choisit un sandwich au thon, l’extirpe de son emballage en cellophane et le met en bouche.
Infect !
Il a pourtant l’air bien frais et la mayonnaise est tentante, mais il doit cracher la première bouchée.
Et puis ce gobelet, dans lequel flotte ce café dont il avait rêvé en voiture ne lui dit plus rien… pas envie d’en boire la moindre gorgée.
« C’est quoi tout ça ?... »
Il déambule le long des présentoire de biscuits, chocolats, bonbons, boissons. Tout y est en place, bien présenté, prêt à servir…
Tout sauf le rayon d’aliments pour chats… dévasté !
A terre, gît une barquette de pâté Ronron éventrée. Il peut voir sur l’emballage les traces de griffes qui l’ont déchiré.
Machinalement il trempe un doigt dans ce qui reste de pâté et le met en bouche.
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« Je deviens dingue – réalise-t-il – voilà que je goûte cette saloperie ! »
Alors il se met à crier : « Y a personne ? ». Une fois, deux fois… mais doit s’arrêter à la troisième, cela lui demande trop d’efforts, le son ne sort plus, ne veut plus sortir, à sa place, il le réalise avec effroi, il y a comme un feulement.
Il fait un tour par les toilettes, dérangeant trois ou quatre chats qui se coursent, constate que, là aussi, il n’y a personne et que tout est en ordre à part le robinet d’un des lavabos qui laisse passer un mince filet d’eau froide où les chats avaient dû s’abeuvrer récemment.
« Bon, je me tire… Je vais devenir fou. A la prochaine aire de repos, j’appelle les flics ! »
Soudain, il réalise qu’il a un téléphone portable dans la poche de sa veste et qu’il serait sans doute opportun d’appeler directement la police, sa femme ou n’importe qui.
Il le prend, contemple le mince boîtier noir et, d’un geste las, le laisse choir à terre.
Alors, sans plus réfléchir il quitte en courant la station-service.
Dehors, il se forçe à rester calme, à marcher lentement vers sa voiture, à ignorer les miaulements hystériques qui semblent le poursuivre, à espérer, malgré tout, qu’une voiture arrive, se gare et que la vie reprenne son cours normal.
Il prend machinalement les clés, s’apprete à ouvrir la portière, se retourne et la voit !
Elle est au pied d’un buisson et le regarde de ses magnifiques yeux d’or, révélant une pelage uniforme bleu-gris et brillant. Elle l’attend, moustaches hérissées, yeux enjôleurs, dos rond, queue en l’air.
Prête…
Soumise…
Désirable…
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Il n’a pas un regard pour sa voiture, ni pour les clés qui gisent à ses pieds. Sans réfléchir, sans savoir quoi, il se précipite à sa suite dans le buisson.

 

Par Mitso - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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Commentaires

Vraiment terès sympa et original , on le lit avec un plaisir certain ! A bientôt !
Commentaire n°1 posté par Mesenga.S le 01/04/2008 à 08h41

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